Mettre en ligne ce site web a été pour moi l’occasion de revoir toutes les images tournées depuis 7 ans déjà. Quand j’ai redécouvert la séquence tournée avec Shush Tenin au cours de notre marche entre Soulac sur mer et Le Cap Ferret, immédiatement a ressurgi le texte de Tournier. Il s’agit du début de la troisième période de Robinson, la période “héliophane”, où il s’expose au soleil et le contemple longuement, révisant de son jugement du temps, de l’autre, des acquis de la société. Les mots sont venus à ma rencontre, comme des trésors précieux du fait d’être à l’endroit exact de ce que j’avais besoin de lire à ce moment là de ma vie.

C’est donc tout naturellement la lecture qui s’est imposée comme sujet d’un nouveau film: une lecture de ce passage où de danseur je deviens filmeur,
une lecture d’un rush, une lecture d’un texte, une lecture du corps qui le lit et qui devient l’outil de la lecture, un réseau d’intimité.

J’ai eu envie de poser la question de la vérité d’un plan au coeur de ce film. Pour cela j’ai posé deux principes de réalisation:

-laisser au hasard les mouvements de caméra donc les cadres, ce qui donne des plans auxquels je n’aurai jamais pensés, une envie de prendre le risque de ne pas faire de belles images ou plus précisément d’interroger le beau, ce qu’est une belle image.

– image et son- syncro (éviter la voix off), que l’image soit celle du corps qui lit, de son souffle, ce qui au tournage m’imposait de gérer la caméra, mon corps et le cadre de façon simultanée.

Mais une fois “une lecture” montée j’ai eu la drôle sensation de ne pas avoir été assez fidèle aux règles fixées, j’ai alors conçu “une re-lecture”, clarifiant l’exercice de style, poussant plus loin le concept d’être une lecture, un point de vue, explorant aussi d’autres mots. C’est donc le regard du monteur qui est ainsi explicitement mise en avant.

J’espère que vous aurez du plaisir à découvrir et à faire découvrir ces deux nouveaux court-métrages.

Un bel été à vous.