Paris, février 2013.
C’est en dialogue avec mon dernier court métrage «une épine au beau milieu du front»
que j’ai imaginé «Il Maestro di Cappella», à l’image d’un diptyque autour de la question
spirituelle.
D’un côté, Carla dont la vie bascule quand Sainte Rita l’appelle à l’Église, de l’autre,
Claudio qui en se mettant nu pour pratiquer le yoga, pose de manière intransigeante sa
soif de placer l’esprit dans le corps.
Claudio est italien, danseur contemporain, diplômé de la fédération française de yoga. Il
enseigne chez lui, deux soirs par semaine, une pratique naturiste d’Ashtanga Vinyasa
Yoga.
Le récit de ce film se structure autour du professeur qui sans fard fait face à sa liberté, la société, sa spiritualité, le corps.
Les prises de vue ont été réalisées sous différents axes :
-filmer l’Inde à Paris et en faire un personnage.
-filmer Claudio qui danse, évocation d’un ailleurs fluide et libre.
-filmer Claudio en méditation, contrepoint à l’agitation de la ville.
-filmer la pratique naturiste du yoga, le corps au travail en gros plan, et donner à voir l’esprit qui traverse les chairs.
On passe ainsi de l’extérieur à l’intérieur, de la densité au vide, du froid à la chaleur, de
l’habit au nu, nourrissant des contrastes le récit pour mieux l’éprouver.

La Chapelle, corps accueillant l’âme et quartier exotique du nord de Paris. Le maître, l’artiste.
NATURISME et YOGA
J’ai eu une appréhension quand je me suis rendu à la première pratique nue donnée par
Claudio. Comment dans les postures n’allais je pas être grotesque? Comment allais je
assumer mon corps plus très sec? Comment la nudité n’allait-elle pas être infiltrée par la
sexualité? Mes a priori furent rapidement démentis
La simplicité d’abord s’imposa, simplicité des échanges, simplicité des corps dans l’espace,
espace où le jugement des uns envers les autres semblait comme atténué. Peut-être ai je
envie aussi du mot fraternité, mais sans lyrisme aucun.
La pratique nue en elle même fut riche en sensations: l’hiver dehors et être nu dedans, les
muscles à nus frôlés par un léger courant d’air, la chaleur apportée par l’effort; la sueur au
bas du dos, dans les poils des aisselles, au front, cette sensation pure de ne pas être
entravé par l’habit qui accroche ou qui glisse, enfin, le flottement de l’air autour du sexe,
des bourses relâchées, du fessier: sensation qu’on a en nageant, avec l’eau.
Mais aussi d’une manière plus conventionnelle, j’ai renoué aussi à le suite de cette
pratique avec toute l’intelligence provoquée par cette méditation par le mouvement en me
questionnant: que faire de la douleur, des pensées du jour, de mon souffle tendu etc…
Décidément le yoga est complexe, riche et invite inlassablement à s’affronter.

La nudité, posant plus loin les limites de cette confrontation avec soi peut-être.

Romano Bottinelli.